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Faut-il sauver les entreprises et leurs emplois à tout « prix » ?

Remi GuilletCet article a été écrit par Rémi GUILLET aujourd’hui retraité. Ingénieur de l’Ecole Centrale Nantes (ex ENSM promotion 1966) il est aussi Docteur en Mécanique et Energétique (Université H. Poincaré-Nancy 1-2002) et diplômé en Economie/Gestion (DEA Université Paris 13-2001).
Son activité professionnelle l’a amené à travailler essentiellement en recherche appliquée dans le domaine de la combustion. Il s’est fait notamment connaître pour ses travaux sur la « combustion humide », recevant un Prix « Montgolfier » des Arts chimiques en 2002 (Prix décerné par la Société d’Encouragement de l’Industrie Nationale).

Il a été en charge du secteur Energie/BTP au siège de OSEO entre 1995 et 1998…


Dans le livre « Pour plus de solidarité entre le travail et le capital ou de nouvelles chances pour l’emploi… » que je publiais en 2004 chez l’Harmattan, Dominique Taddéi qui me faisait l’honneur d’en écrire la préface s’interrogeait sur le rôle prioritaire que pouvait avoir l’entreprise dans un projet de réforme visant plus d’équité dans le partage des richesses…

A peine cinq ans plus tard, une crise majeure devait ébranler l’édifice économique mondial faisant aujourd’hui mieux apparaître que l’entreprise est une sinon la clé de voûte de l’édifice socio-économique né avec l’ère industrielle dans nos sociétés occidentales.

Et pourtant, si on demandait au monde des économistes s’il faut sauver les entreprises à tout prix, ils répondraient en grande majorité « non » tandis qu’à l’opposé les citoyens pensant davantage aux emplois et à ce que ces derniers représentent pour eux, répondraient tout aussi majoritairement « oui »…

Pourquoi cette dichotomie?

En effet, du point de vue global, mondial et strictement économique où toutes les considérations sociales, sociétales, écologiques et autres gestions des ressources naturelles les plus rares sont écartées, la théorie économique libérale, référence désormais quasi unique, qui fait confiance absolue au libre échange, au marché, au jeu de la Bourse malgré ses dérives spéculatives et inflationnistes, ne peut que répondre « non » à la question posée, considérant la rémunération du travail comme une « charge » du point de vue du résultat économique, considérant une entreprise en tant que telle, plus comme une anecdote qu’un élément vital constitutif d’une matrice génératrice de nouvelles richesses.

Mais du point de vue des Etats, l’analyse économique seule ne suffit plus: les choses se compliquent! En effet, le libre échange, la mondialisation, favorisent le déplacement des capitaux à la vitesse de la lumière (aujourd’hui virtuels et numériques, demandant moins d’un sixième de seconde pour aller d’un point de la planète et ses antipodes, ce n’est pas une métaphore!), la délocalisation de la production vers la main d’œuvre à bas coût, mettent en péril les économies nationales, les balances commerciales extérieures, les cohésions sociales.

Des points de vue régionaux et locaux on retrouve les mêmes préoccupations à l’échelle de populations socialement plus affectivement liées, dépendantes voire solidaires entre-elles.

A propos de « dépendances » et de « commerce extérieur, il n’est pas inutile de rappeler la nomenclature de la comptabilité nationale qui, s’inspirant de ce qu’a vécu chronologiquement l’espèce humaine, introduit implicitement une forme de hiérarchie dans l’activité « Ã©conomique », distinguant un « noyau dur»: d’abord le secteur primaire (agriculture, pêche, activités minières et forestières….) puis le secteur secondaire (les industries de transformation) enfin les activités d’accompagnement que regroupe le secteur tertiaire (commerce, finances, transport, santé, éducation, administration, sécurité et autres services à la collectivité…). Aujourd’hui, après le secteur primaire qui reste « crucial » au niveau des États, ce sont les activités de transformations qui assurent le plus de création de valeurs ajoutées « réelles », les plus exportables, donc les plus utiles du point de vue du commerce extérieur…

Ainsi, dans le monde moderne, technologique, la réalité veut que les entreprises industrielles soient des structures essentielles ayant un rôle primordial pour la « bonne santé » économique des pays. Ce sont elles qui rassemblent les moyens, le savoir faire, les hommes et femmes capables de valoriser les résultats de la recherche en produisant des biens et services nouveaux, espérés ou apportant un « mieux-être » dont la mise sur le marché génère une « valeur ajoutée » réelle, incontestée.



Mais l’entreprise ne représente pas que cela : elle est un des éléments les plus structurants du point de vue sociétal.

Pour les citoyens l’entreprise a une utilité « sociétale ». Ceci est une évidence pour la population salariée. Cela l’est également pour le reste de la population qui trouve souvent sa propre utilité, ses ressources, dans l’existence d’entreprises locales avec les emplois qu’elles engendrent.

Pour la plupart des citoyens, l’emploi, avec une dose de sécurisation minimale, signifie aussi « confiance en l’avenir », crée un contexte favorable aux projets individuels et familiaux de tous ordres, allant du désir d’enfants à celui de devenir « propriétaire »… Plus généralement c’est faire appel aux crédits bancaires… Si ceux-ci sont devenus indispensables au dynamisme de l’économie moderne, aujourd’hui, non seulement les banques sont frileuses en matière d’allocation de crédits -crise des « subprimes » oblige- mais de leur côté les demandes ont beaucoup chuté!

Dans un précédent article nous écrivions « Si le crédit est une condition nécessaire à la croissance, il n’est disponible que dans un contexte de confiance… ». Nous aurions collé davantage à la réalité d’aujourd’hui avec : « Si le crédit est une condition nécessaire à la croissance, il n’est disponible et sollicité que dans un contexte de confiance… ». Selon l’association française des sociétés financières : « Les crédits à la consommation connaissent un net recul depuis un an…. les prêts personnels ont chuté de plus de 29 %. En juillet 2009, le nombre de crédits à la consommation délivré par les établissements spécialisés bancaires a reculé de plus de 18 % par rapport à juillet 2008... Ce sont surtout les prêts personnels qui se sont effondrés en enregistrant une baisse de presque 30 %. Les crédits renouvelables et le financement de voitures ont baissé respectivement de plus de 15 et 12 % ».

Par ailleurs, l’entreprise est le support à de très nombreuses externalités: associations touchant aussi bien la culture, les sports, les services sociaux…, suivi médical (dans le cadre de la médecine du travail), crèches d’entreprises, loisirs de tous depuis les plus jeunes jusqu’aux seniors les plus confirmés qu’elles soutiennent ou même organisent…

Ainsi, compte tenu de ce que représentent les entreprises pour les salariés mais aussi pour les populations environnantes, qu’on se place du point de vue privé, collectif, sociétal, l’utilité d’une entreprise établie est une évidence et son maintien hautement souhaitable.

N’a-t-on jamais étudié le coût sociétal, écologique de toutes ces « structures » de béton et d’acier abandonnées créant de véritables friches industrielles ? Ont-elles été amorties ? Si non: quel gâchis économique et écologique! Si oui: quel gâchis sociétal!

Revenons, stricto sensu, à la question que soulève le titre de cet article, pour retenir de cette réflexion que:

  • les entreprises sont indispensables au bon fonctionnement de la société occidentale moderne,
  • le nombre de salariés ne doit plus être la première variable d’ajustement des entreprises et la productivité du travail ne doit plus être considérée comme un indicateur essentiel de la « bonne gestion » d’une entreprise.

Bien sûr, nous n’oublions pas ici la nécessité de plus de solidarité entre tous les acteurs de l’entreprise, d’un autre partage des risques et profits… sur lesquels nous avons déjà publié (1) ni l’espoir que l’Etat puisse favoriser une autre lecture de la bonne gestion de l’entreprise.

Quelques pistes …

Dans un contexte de crise majeure, notre propos se doit d’avancer quelques pistes nouvelles pour consolider la structure entrepreneuriale…

Introduction d’une « flexisécurité interne » à l’entreprise

Le terme de « flexisécurité » est le plus souvent associé à des modèles nordiques, notamment danois, qui externalisent vers la collectivité les conséquences de « mises à pied »… par des prises en charge individuelles des cas de licenciements via allocation, formation, assistance en direction d’autres emplois … Une solution qui a priori est très coûteuse pour la collectivité et qui devient incertaine quand la crise touche l’ensemble des secteurs!

Notre proposition de « flexisécurité interne » (à l’entreprise) est autre. Nous en rappellerons ici brièvement le principe que nous avons eu l’occasion de présenter dans de précédents articles (2) et qui passe par de nouvelles modalités de rémunérations des acteurs internes (salariés) et externes (actionnaires)…

Selon notre « modèle », les rémunérations des salariés ainsi que celle des détenteurs du capital (actionnaires) sont faites de deux composantes, s’appuyant sur les deux mêmes éléments constitutifs de la valeur ajoutée nette (taxes et investissements déduits) que sont la masse salariale et les dividendes. Ainsi d’un côté la rémunération des salariés est la somme de la masse salariale - c’est toujours la composante prédéterminée, connue a priori de la rémunération - et d’une participation aux résultats significative indexée sur les dividendes qui en est la part variable, flexible. De l’autre côté, la rémunération des actionnaires ou autres détenteurs de capitaux est la somme des dividendes, fonction des résultats de l’entreprise et d’une prime dite « prime de fidélité » à l’entreprise indexée sur la masse salariale donc stable prédéterminée comme l’est la masse salariale.

La « hauteur » des parts indexées est l’objet de négociations entre des partenaires internes et externes devenus avec ces nouvelles modalités de rémunérations beaucoup plus enclins à coopérer, car partageant désormais des vues positives de la hauteur de la masse salariale et de celle des profits.

Toutes choses égales par ailleurs, plus l’indexation est élevée plus la part flexible de la rémunération des salariés est élevée… et plus la prime de fidélité est élevée dans la rémunération des actionnaires. (Nous reviendrons dans un prochain article sur les avantages de la fidélisation des actionnaires).

Aujourd’hui l’intérêt à souligner de ces modalités de rémunérations est qu’elles peuvent permettre à une entreprise de passer un cap difficile (3) grâce à un choix judicieux du « niveau de la flexibilité » négocié.

Des tontines d’entreprises ou autres réseaux de solidarité inter - entreprises.

Les « tontines » sont des systèmes d’investissements inventés par le banquier italien Tonti et appliqués une première fois en France au XVIIème siècle… Les tontines ont pris diverses formes selon les régions du monde et les périodes mais elles ont en commun de rassembler des individus souscripteurs qui partagent les « bénéfices » du système jusqu'au dernier survivant.

Les tontines revivent aujourd'hui comme un système d’entraide là où les banques refusent d'intervenir. Des groupes d'amis, voisins ou collègues peuvent se constituer afin de proposer, sur la base de la confiance, des aides à chacun des membres. Les cotisations des membres et les remboursements permettent de financer les projets à venir. Ce système repose sur, et entretient de vraies relations sociales.

Ce concept, créateur de liens, porteur de solidarité « Ã  la vie à la mort » entre individus, nous semble potentiellement porteur de solidarité inter - entreprises, du moins dans le cas de TPE-PME-PMI…

On peut même penser que des réseaux de solidarité (nationale ?) ainsi constitués sur la base de liens de confiance préalablement établis via les tontines peuvent constituer un terreau favorable à des rapprochements débouchant sur des regroupements donnant naissance à des PME / PMI de plus grandes tailles et donc plus aptes à opérer sur le marché international, moins vulnérables si elles regroupent des activités plus diversifiées que dans chacune d’elles prise séparément…

l’Etat au timon re-distributeur via les entreprises

Plutôt qu’indemniser les chômeurs, l’Etat peut envisager d’aider les entreprises à maintenir l’emploi par une allocation destinée aux salariés de l’entreprise en difficulté et prenant la forme d’une ressource exceptionnelle et temporaire compensatrice d’une baisse d’activité…



Nous avons conscience que de telles dispositions seraient d’abord à négocier avec les instances responsables du bon respect des règles de la concurrence et du libre échange voulues par l’économie de marché. Mais rien n’est inscrit dans le marbre et le contexte économique et social mondial se prête à l’acceptation d’importantes « retouches » des règles du jeu capitaliste…

Ainsi l’allocation transitant par l’entreprise couvrirait deux objectifs : d’une pierre deux coups ! l’Etat venant simultanément au secours de l’entreprise et de ses salariés !

Le chemin en serait-il pris? Ouvrant la voie, voici une actualité du 19 janvier 2009 où on pouvait lire:



« La Commission européenne vient tout juste d'autoriser la France à mettre en oeuvre les mesures d'aides aux entreprises, prévues dans son plan de relance, destinées à les aider à surmonter la crise économique…. ». Soulignant que cette mesure qui permet aux pouvoirs publics, aux collectivités territoriales et à certains organismes publics d'accorder, sur les deux années 2009 et 2010, des aides allant jusqu'à 500.000 euros aux entreprises mises en difficulté par la crise économique actuelle ou qui rencontrent des problèmes de financement en raison du resserrement du crédit, constituera inévitablement une bouffée d'oxygène pour ces entreprises affectées par la conjoncture, la Commissaire se félicite que la France, comme l'Allemagne et le Portugal fassent usage du nouvel encadrement proposé par la Commission, ajoutant que les mesures prises ne donneront pas lieu à des distorsions de concurrence disproportionnées… »

Mais l’Etat re-distributeur via les entreprises peut aussi, et en cohérence avec l’allocation compensatrice de la baisse d’activité, être incitateur pour que le temps libéré soit consacré à la formation continue en interne, cette formation pouvant avantageusement diversifier les aptitudes et qualification de chacun des salariés: une vraie nouvelle culture d’entreprise à promouvoir avec le soutien de tous les acteurs internes et externes …



Une taxation assouplie ou « flottante »

Nous avons déjà eu l’occasion de plaider pour des taxes indexées sur la valeur ajoutée(1), une modalité de taxation qui nous semble être la plus équitable car mieux répartie entre la rémunération du travail et celle du capital.

Mais la crise qui touche l’économie constitue un contexte ou il y a uniformité dans les défis à relever et donc est une aubaine pour certains changements allant plus loin via les taxes pour soutenir les entreprises et l’emploi salarié. Ainsi ce n’est pas rêver d’imaginer que les taxes deviennent un vrai levier extra muros d’aide aux entreprises et à la gestion de l’emploi. Plus particulièrement, on évoquera l’idée que toutes taxes et bien sûr celles sur les salaires soient « flottantes », allégées temporairement en cas de grandes difficultés des entreprises.

En cas ultime d’entreprise sans repreneur, l’Etat pourrait aussi envisager d’intervenir pour favoriser l’émergence de Sociétés Coopératives de production (SCOP) via des détaxations de circonstances...

Des mesures dissuasives au licenciement abusif et d’encouragement à l’emploi

Reste le cas des entreprises en bonne santé économique et qui malgré cela licencient…

Alors éviter les abus pourrait passer par des pénalités dissuasives, à la hauteur de la diminution de masse salariale résultant des licenciements envisagés et au moins égale à ce que coûterait à la collectivité les indemnités de chômage dues aux licenciements prévus, cela sur une période à négocier mais en rapport avec la durée moyenne du chômage individuel.

A l’opposé et pour encourager l’emploi (en contrat à durée indéterminée), des aides à hauteur des indemnités de chômage et pour une période également fonction de la durée moyenne de recherche d’emploi seraient des pistes à explorer.

On observera que si la première proposition semble favorable aux délocalisations et peu attirante à l’implantation de sociétés étrangères, elle est compensée par l’effet inverse de la deuxième mesure.

Au bout du compte, si globalement les dispositions prises par la loi de modernisation de l’économie (Journal Officiel du 5 août 2008) ne nous éloignent pas des objectifs de maintien voire de renforcement du tissu entrepreneurial, d’autres mesures sont nécessaires pour aller plus loin, particulièrement quand il s’agit d’entreprises des secteurs primaires et secondaires.

Cependant il reviendra toujours aux entreprises de « remplir le carnet de commandes » et notamment au management de définir les meilleures stratégies permettant de maintenir ou de se redresser au plus vite l’entreprise en difficultés, ou mieux, de savoir anticiper une diversification d’activités voire une réorientation devenue indispensable. A titre d’exemple: faut-il toujours autant attendre de l’industrie automobile? Alors, la formation continue interne dont nous avons parlé peut devenir un atout majeur pour la pérennité d‘une entreprise.

Nous conclurons en évoquant le rapport de la commission « Stieglitz » concernant la révision du PIB, pour relever que le « mieux-être », voire le « bien-être » a pour préalable une bonne insertion des populations actives…. Pour tout ce qu’il représente du point de vue aussi bien privé que collectif cette insertion passe d’abord par l’emploi, donc le plus souvent par les entreprises…

A nous de prendre en compte l’activité humaine mesurée en terme d’emploi comme indicateur de progrès social, de bon équilibre sociétal et de croissance harmonieuse…en vue d’un tout « nouveau PIB ».

Pour donner une note humoristique au propos, on dira qu’il est temps de ré - interpréter les paroles que chantait H. Salvador : « Le travail, c’est la santé….»!

(1) Voir aux éditions l’Harmattan les publications de R. Guillet (2) Voir plus particulièrement l’article « Flexisécurité: une autre voie » par R. Guillet (3) Voir plus particulièrement l’article « Un modèle de rémunération solidaire et équitable comme alternative à la faillite de l’entreprise » par R. Guillet

Annexe: L’évolution du taux de chômage en France depuis 1968*


  • Il s'agit de données Insee qui comptabilise le chômage au sens BIT (Bureau International du Travail. Ce taux exprime le nombre les « chômeurs par rapport à la « population active ». (Graphe vu sur le site « france-inflation com »). Après une baisse continue depuis 2006, le chômage est reparti à la hausse depuis fin 2008 et atteignait à la fin du deuxième trimestre 2009 le niveau qui avait été atteint début 2006.(Source : Insee). On observe que le chômage des jeunes est à un niveau particulièrement élevé…avec des prévisions globalement peu rassurantes pour 2010.

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PETITE DISSERTATION SUR L’INFLATION

Remi GuilletCet article a été écrit par Rémi GUILLET aujourd’hui retraité. Ingénieur de l’Ecole Centrale Nantes (ex ENSM promotion 1966) il est aussi Docteur en Mécanique et Energétique (Université H. Poincaré-Nancy 1-2002) et diplômé en Economie/Gestion (DEA Université Paris 13-2001).
Son activité professionnelle l’a amené à travailler essentiellement en recherche appliquée dans le domaine de la combustion. Il s’est fait notamment connaître pour ses travaux sur la « combustion humide », recevant un Prix « Montgolfier » des Arts chimiques en 2002 (Prix décerné par la Société d’Encouragement de l’Industrie Nationale).

Il a été en charge du secteur Energie/BTP au siège de OSEO entre 1995 et 1998…
L’inflation se définit communément comme une hausse généralisée des prix par rapport aux ressources des consommateurs, elle diminue le pouvoir d’achat des salariés... Elle a souvent pour corollaire un accroissement de la masse monétaire excessif par rapport à celui de la production de richesses (croissance du PIB)….

Les causes de l’inflation sont multiples…donnant souvent lieu à controverses, voire à tergiversations, inversant quelquefois causes et conséquences, selon les points de vue…

Les causes les plus souvent citées sont:

  • L’excès de la demande par rapport à l’offre qui engendre la hausse des prix (inflation par la demande et par les coûts)
  • La perte de confiance dans la monnaie (inflation monétaire)
  • L’augmentation de la rapidité des échanges qui induit un accroissement de la quantité de monnaie en circulation…

Mais notre propos n’est pas de reprendre la liste exhaustive des facteurs habituellement répertoriés comme inflationnistes mais plutôt de revenir sur le cas du crédit, facteur d’inflation souvent oublié ou très controversé. En effet, si d’aucuns pensent que le taux d’intérêt est justifié par la nécessité de compenser l’inflation, d’autres (1), que nous rejoignons, pensent que l’inflation est, en partie, une conséquence du coût du loyer de l’argent, le résultat d’un taux d’intérêt combiné à une quantité de crédits alloués mal ajustés avec la croissance…

Le crédit et l’inflation

Tout d’abord, notons que le troc, qui est un échange d’utilités, jugées comme équivalentes au moment de la transaction par les deux agents économiques, ne laisse pas de place à l’inflation par définition puisqu’il ne fait pas intervenir ni prix (ni monnaie) pas plus qu’il n’invoque l’espace temps (ce qui vient d’être dit n’efface cependant pas ses possibilité spéculatives!).

L’inflation viendrait donc de la mise en Å“uvre de monnaie et d’évaluations monétaires s’inscrivant dans l’espace temps. L’exemple type est le commerce établi entre un créancier et un emprunteur qui procèdent à un transfert de valeurs capitalistiques pour une durée déterminée allant du premier vers le second avec retour au premier à l’issue de la durée du « prêt ».

Alors rappelons le vieil adage (généralement jugé véridique) qui nous enseigne que « le temps… c’est de l’argent »…

Appliquer au cas du prêt il peut s’énoncer ainsi: durant la durée d’un prêt et grâce à l’acceptation par le créancier de perdre la jouissance du capital possédé, l’emprunteur peut, à la place du créancier, produire ou jouir d’un bien acquis grâce au capital emprunté; il est donc équitable que le créancier, en compensation du temps de jouissance perdu, reçoive une rémunération fonction du montant et de la durée du prêt …avant de recouvrer son capital.

C’est la condition sine quo non du commerce entre créancier et emprunteur. Cela se pratique par le biais de l’intérêt que doit verser l’emprunteur au créancier et suppose qu’a priori, un « taux d’intérêt » soit négocié entre les deux protagonistes.

On retrouve une application comparable de cette « croyance » (le temps, c’est de l’argent) avec la pratique du calcul de l’actualisation des valeurs (lui-même basé sur des taux d’actualisation conformes aux taux d’intérêts) qui sous-entend qu’un capital disponible plus tard est inférieur au même capital disponible aujourd’hui…ou qu’un capital disponible aujourd’hui a moins de valeur que le même capital mis à disposition plus tôt…

Le taux d’intérêt tient donc implicitement compte de la production d’une valeur ajoutée engendrée par le prêt, mais défini a priori, il suppose une anticipation sur cette valeur ajoutée.

A l’échelle d’un pays, le processus est semblable …on parle alors de « taux (d’intérêts) directeurs » dont la valeur est établie en anticipant sur l’accroissement de la production de richesses pendant la même période (croissance du PIB).

Au final, un déséquilibre a toutes les chances d’être constaté entre la croissance anticipée et la croissance avérée in fine.

Prenons le cas d’un crédit de type micro-économique (endettement d’une entreprise pour un investissement, crédit à la consommation….), on comprendra que s’il n’y a pas accroissement de la valeur ajoutée créée par l’entreprise qui s’endette ou par l’entreprise qui a vendu le bien consommé, imputable à l’emprunt et à hauteur des intérêts versés au créancier, le crédit alloué devient « inflationniste ».

De même pour un pays, la croissance de l’ensemble des valeurs ajoutées ou croissance du PIB imputable au crédit devra, a minima, équilibrer les intérêts versés à l’ensemble des créanciers….Sinon, le crédit est globalement intrinsèquement une source d’inflation.

On peut dire que le déterminant ante de l’inflation due au crédit est la combinaison du taux d’intérêt et de la quantité de crédit associée (ces deux facteurs ne sont d’ailleurs pas indépendants : plus le taux d’intérêt est bas, plus la quantité demandée est forte !) alors que l’inflation est une grandeur post, un résultat en correspondance avec l’écart entre la croissance anticipée (qui a inspiré le taux d’intérêt) et la croissance avérée imputables au crédit.

Dans A propos de crédit et de croissance nous avons eu l’occasion de souligner l’importance du crédit dans le fonctionnement de l’économie moderne. Ainsi pour encourager l’épargne et le crédit, (ou simplement afficher un optimisme de bon aloi!), l’anticipation va assez naturellement vers une anticipation qui surestime la croissance, donc vers des taux de loyer de l’argent qui au bout du compte a de fortes chances de déboucher sur un déséquilibre inflationniste… Et cela devient (théoriquement) inévitable en cas de croissance négative ou de récession prolongée…

Dans tous les cas, on comprend que les taux « directeurs » des Banques Centrales jouent un rôle (de référence) essentiel... avec des arbitrages particulièrement difficiles quand l’économie est en panne!

L’acceptation de « la flèche du temps »

L’économie moderne a donc fondamentalement besoin de crédits …et d’anticipation qui peuvent devenir inflationnistes.

D’autres théories (Fisher, Keynes…) s’appuyant sur l’avidité de chacun pour la monnaie, l’illusion inflationniste plutôt vécue comme « rassurante » pour affronter les incertitudes du futur…, nous aident à comprendre notre acceptation de l’inflation…

Mais on constate aussi que si l’érosion de notre monnaie est irréversible -comme peut l’être le temps- diminuant notre capacité à transformer nos capitaux en biens, elle contribue à donner une valeur vénale croissante à notre patrimoine! Deux observations qui ont tendance à se neutraliser, en tous cas contribuent globalement à amoindrir notre ressentiment face à l’inflation.

Avec ce qui vient d’être dit, on a aussi quelques justifications à la tendance au choix inflationniste de « décideurs » impliqués dans la « bonne pratique » du crédit!

Globalement, l’inflation, avec ses multiples causes -et à condition de rester modérée- serait donc acceptée comme phénomène inéluctable appartenant à notre culture, donnant lieu à des chroniques récurrentes, acceptée comme un témoignage, parmi beaucoup d’autres, de la flèche du temps (3) .

Le rapprochement « entropie inflation »

Pour la première il s’agit d’un concept des sciences physiques, qui exprime une grandeur inéluctablement croissante avec le temps qui passe, qui est liée à la capacité de l’énergie à se transformer en « travail », capacité décroissante avec le temps …Un concept utile à l’analyse thermodynamique. On ne peut agir sur l’entropie, le temps s’en charge!

Pour la seconde, il s’agit d’un concept des sciences économiques, qui agit sur la capacité d’une valeur monétaire à se transformer en biens et services, capacité également décroissante avec le temps qui passe… Un concept qui permet à l’économie moderne des ajustements nécessaires entre l’économie réelle et la monnaie.

Bien qu’appartenant à deux domaines de la pensée très différents, nous justifierons le rapprochement que nous nous sommes permis… parce que ces deux constructions « intellectuelles » subissent et illustrent de façon très comparable… la flèche du temps.

(1) Par exemple lire la conférence donnée par Margrit Kennedy au Séminaire SOL le 05/07/2005

(2) Par exemple lire sur ce site l’article « A propos de crédit et de croissance… »

(3) Lire les travaux de Prigogine à propos de la flèche du temps par exemple dans « La fin des certitudes »

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La Direction des Services Fiscaux de Carcassonne...tout un poème

Je vous propose aujourd'hui un billet d'humeur plutôt orageux...

Fin de semaine je devais préparer un document permettant à un groupe intervenant dans la filière photovoltaïque d'étudier une implantation sur Narbonne.

Carte de la franceL'objectif étant de mettre en lumière les nombreux éléments positifs dont dispose notre territoire...

Je ne peux pas les énumérer tous ici, le billet serait trop long (joke), néanmoins parmi ceux-ci nous pouvons distinguer le taux de taxe professionnelle qui est le plus bas en Languedoc-Roussillon au niveau des Communautés d'Agglomérations (15,39%).

Afin de m'assurer de cette réalité sur les taux votés en 2009 je me suis adressé à la Direction des Services Fiscaux de l'Aude basée à Carcassonne.

Et là que ne fut pas ma surprise lorsque mon correspondant m'indiqua qu'il fallait faire un courrier de demande en motivant cette dernière...

Ceci est d'autant plus extraordinaire que:

  • jusqu'à présent j'obtenais ce type d'information auprès de toutes les Directions de France, car étant amené à accompagner des entreprises dans le cadre de nouvelles implantations, et ceci même dans l'Aude.
  • ces informations ne sont pas confidentielles...

Heureusement que j'avais d'autres sources d'informations!!!

Trop de service public...tuera le service public....quoiqu'il y a encore de la marge....

 

R & D : INVESTIR DANS LA RECHERCHE NE SUFFIT PAS !

Remi GuilletCet article a été écrit par Rémi GUILLET aujourd’hui retraité. Ingénieur de l’Ecole Centrale Nantes (ex ENSM promotion 1966) il est aussi Docteur en Mécanique et Energétique (Université H. Poincaré-Nancy 1-2002) et diplômé en Economie/Gestion (DEA Université Paris 13-2001).
Son activité professionnelle l’a amené à travailler essentiellement en recherche appliquée dans le domaine de la combustion. Il s’est fait notamment connaître pour ses travaux sur la « combustion humide », recevant un Prix « Montgolfier » des Arts chimiques en 2002 (Prix décerné par la Société d’Encouragement de l’Industrie Nationale).

Il a été en charge du secteur Energie/BTP au siège de OSEO entre 1995 et 1998…


La consultation publique lancée par trois ministres à propos de « l’internet du futur » nous incite à élargir le débat sur la R & D… dont on attend tant (et probablement trop !) pour relancer, dans l’urgence, notre activité économique, la compétitivité de nos entreprises, la croissance de notre PIB… résoudre nos multiples problèmes sociétaux !

Economiste autrichien de la première moitié du XXème siècle, J. Schumpeter est connu comme le théoricien de l’innovation… Nous retiendrons ici qu’il a su mettre l’accent sur le rôle déterminant de l’entrepreneur qui sait innover dans la mise en œuvre de moyens (pré- existants)…

En cela il a souligné que les travaux d’innovation trouvent leur raison d’être dans leur aboutissement économique, leur « intérêt » se mesurant à l’aune des profits que réalise in fine l’entreprise. Sans profits, point de salut ! C’est grâce à ces profits que l’entreprise trouve un « Ã©quilibre dynamique » qui lui est nécessaire pour récupérer un investissement préalable, pour investir à nouveau… Plus clairement, le dynamisme entretenu, nécessaire à la pérennité de l’entreprise, vient du profit que lui procure l’innovation, une innovation qui la maintient en position concurrentielle favorable en cas de développement « incrémental » voire en position de monopole temporaire dans le cas d’innovation en « rupture ».

Aujourd’hui le vocabulaire d’innovation existe toujours mais il est supplanté dans le répertoire officiel par le sigle « R&D » (Recherche et Développement). Alors, on retiendra que pour Schumpeter le « D » est essentiel, sans le D, point de salut pour le « R »…

La théorie de Schumpeter est connue partout dans le monde. Ainsi dans le monde entier le concept R&D se décline… Mais que recouvre-t-il précisément ?

Du point de vue sémantique, on s’efforce souvent de différencier la recherche de base ou fondamentale, de la recherche appliquée, du développement technologique expérimental, du développement industriel. Mais chaque pays a son propre découpage entre ces modules… et si des controverses (sans doute bien peu utiles !) peuvent en naître, nous retiendrons avec Schumpeter que, du point de vue économique, seul compte le succès de la phase finale de la « R&D ».

Par rapport aux siècles précédent où « Chercher » était une « Passion », « Découvrir » une « Grâce», l’application industrielle un enjeu que le temps se chargeait de confier à d’autres, aujourd’hui, « chercher » est devenu un métier, « trouver » est un bonus et le développement de l’application industrielle de la R&D un enjeu économique majeur, essentiel à la survie de l’entreprise…

Cette réussite économique tant espérée ne va pourtant pas de soi ! Partant des résultats et recommandations issues des travaux de recherche, après avoir surmonté les difficultés qui ne manquent pas d’apparaître aux différents stades du développement technologique d’un produit (maquette, prototype, pilote…), il faut que le nouveau produit se présente au « bon » moment sur le marché ! Ainsi le succès commercial devient dépendant de circonstances externes …d’un facteur chance.

En résumé, la R&D est un investissement à haut risque pour l’ensemble des acteurs concernés.

Le cas français:

Nous faisons partie des pays puristes de la sémantique… L’activité noble concernerait exclusivement le R, l’activité industrielle, entrepreneuriale, étant quant à elle une affaire de D, une affaire d’argent, soit deux activités délimitant deux « mondes » distants, méfiants l’un envers l’autre, peu enclins à l’estime réciproque, donc peu enclins au dialogue, aux visions communes et autres rapprochements…

  • Ainsi va le monde de la recherche fondamentale (des questions récurrentes se posent alors à propos de la mission de notre CNRS, de l’évaluation de ses performances) avec, de surcroît, un cloisonnement étanche entre domaines scientifiques, entravant souvent l’approche transverse pourtant nécessaire au traitement des problèmes d’aujourd’hui (environnement…).
  • Ainsi va le monde universitaire, préférant garder une totale liberté d’initiative en matière de programme plutôt que s’enquérir des besoins ou de l’avis du monde de l’industrie.
  • Ainsi va le monde industriel, avec ses problèmes de survie, ses stratégies de court terme pour parer aux exigences les plus coercitives… de rentabilité immédiate.

Comparatif R&D dans le monde…

Données R&D 2006 pour l’OCDE (origine Ministère de l’Ens. Sup. et de la Recherche)


Ret D


Quelques commentaires sur ces données…

Rapportée au PIB, la France vient en 4ème position après la Suède, le Japon, les Etats- Unis, avec 70% du pourcentage suédois.

En financement ($ PPA), la France vient en 3ème position après les Etas-Unis, le Japon, avec 12% de la dépense des Etats-Unis.

En nombre d’agents, la France est en 4ème position après le Japon et l’Allemagne, avec 15% des moyens en hommes des Etats-Unis.

Globalement, l’Europe consacre 1,79% de son PIB contre 2,62 pour les Etats-Unis (soit 70% des moyens mis par les Etats-Unis). Mais dans ce comparatif avec les Etats-Unis, il faudrait aussi tenir compte des problèmes de coordination spécifiques à la communauté européenne !

Sur l’ensemble des critères, c’est le Japon qui apparaît comme le mieux placé (il l’était également au milieu des années 80, moment où nous avions participé à une mission sur ce thème dans ce pays qui était alors la référence économique et sociale du monde entier – voir par exemple «Le miracle japonais » de L. Wegnez)… Cependant, la France avec sa 4ème place occupe une position honorable (bien que la plus mauvaise, diraient les sportifs !).

Mais on doit également s’intéresser à la répartition du financement de la R&D, entre les entreprises et l’Etat (la R&D a également d’autres sources de financement : dons, financements d’origine étrangères… qui complètent les pourcentages affichés dans le tableau).

Alors on observe que le Japon se distingue à nouveau par un financement des entreprises atteignant 70%, la France étant seulement en 12ème position, avec 52%. A l’opposé, c’est l’Etat portugais qui est le plus interventionniste avec un apport de 55%, la France étant en 5ème place avec 38%. Il y a là des données à méditer quand on sait les difficultés à faire bénéficier les entreprises des moyens mis par l’Etat dans la recherche publique !

Mais, si la R&D était une activité stratégique dans les années 80, aujourd’hui la R&D est une activité qui se sous-traite, qui se délocalise…comme le reste! Et l’internationalisation des activités de R&D prend de plus en plus d’importance. Il devient alors de plus en plus difficile de donner un contenu précis à la notion « d’effort national de R&D ».

Ainsi, de nouvelles questions sont soulevées, parmi elles: Quels liens existent encore entre l’activité de recherche, les transferts de technologie, la propriété industrielle ? Comment se répartit la valeur ajoutée entre ces activités ? Quels bénéfices pour les pays ? Que sont les risques ?

Ayant passer l’essentiel de notre vie professionnelle comme acteur de la recherche appliquée et avec quelques années passées à l’ANVAR (aujourd’hui Oséo), Agence Nationale pour la valorisation de la recherche et le soutien des PME/PMI, qu’on nous pardonne quelques commentaires issus de cette « expérience personnelle »… Ils concerneront la propriété industrielle, la synergie université/entreprise et la R&D face à la crise sociétale actuelle.

A propos de la protection de la propriété industrielle…

Si le nombre de brevets est un indicateur traditionnel de la bonne santé de la R&D, le recours au brevet (et assimilés) pour protéger un concept ou une réalisation technologique n’est pas toujours la meilleure solution…

En effet, s’il s’agit d’une stratégie strictement « défensive » (pas de velléité de développement de la part de l’inventeur, mais volonté d’éviter qu’un concurrent s’empare du concept), alors penser que les « contournements » sont souvent aisés et tenir compte de ce que serait le coût de la défense du brevet devant les tribunaux… cela après des coûts de dépôt et d’entretien de brevet élevés : le coût d’un brevet européen est de l’ordre de 30 000 €, l’annuité en représentant 28%, contre 10000 € pour le brevet japonais ou le brevet américain…

S’il s’agit d’un brevet « offensif » marquant la volonté de bénéficier de l’avance technologique et du monopole à venir, alors penser à nouveau qu’un brevet peut souvent se contourner, qu’il s’agit d’une protection temporaire. Et au bout du compte, la meilleure protection peut être la dynamique du développement. Faire vite et afficher cela comme leitmotiv… Et les concurrents ne vous rattraperont jamais… Donc plus besoin du brevet… qui fige !

A propos de la synergie universités / entreprises…

Par comparaison avec de nombreux pays, il y a là probablement le talon d’Achille français !

Si la situation est connue, commentée, faisant l’objet de recommandations, de tentatives de remèdes, peu de changement depuis 50 ans…du moins dans le secteur des activités traditionnelles !

Dans le secteur des nouvelles technologies, on a pu assister à la création de pôles technologiques qui sont là pour favoriser les synergies. Mais avec les nouvelles technologies l’enjeu prend généralement une dimension internationale… et la question devient incontournable : l’Europe est-elle prête à renforcer sa coopération, ses échanges intra-muros en matière de R&D, pour favoriser la mis en place d’une politique industrielle commune et être mieux à même de faire face au reste du monde… aux pays émergents avec leur énorme potentiel en « cerveaux » ?

Formaliser des temps forts amenant les universités et les entreprises à se rencontrer régulièrement (par exemple en milieu d’année universitaire afin de préparer l’année suivante), encourager le montage de projets en coopération université/entreprise grâce à des mesures incitatives dont l’intérêt partagé par les deux partis pourrait prendre la forme d’un soutien financier systématique de la part des pouvoirs publics en cas d’établissement d’un contrat (1) seront nos deux suggestions.

Alors «l’internet du futur» ne devrait-il pas favoriser ce rapprochement, c’est-à-dire formaliser la connexion entre universités et partenaires industriels, sécuriser les échanges d’information entre les deux mondes ? Ce sera là notre contribution à la consultation publique en cours.

A propos des attendus de la R&D dans un contexte de crise sociétale…

Il est donc légitime de faire appel à l’innovation, à la R&D, comme une nécessité absolue pour sortir de la crise, pour « rebondir »… Mais ce qui est nécessaire est rarement suffisant !

En effet, quand l’innovation ou la R&D sont pertinentes, réussies, elles le sont pour une entreprise, mais alors la réussite peut-être multinationale (Quid en cas de coopération ou en cas d’entreprise de la même dimension ?)…

Plus une innovation est en « rupture » plus elle est déstabilisante pour tout le secteur économique où elle s’ancre… L’innovation peut aussi porter sur l’organisation des moyens comme le dit si bien Schumpeter, donc concerner la productivité du travail, la rentabilité du capital… donc finalement être peu favorable à l’emploi !

Ce qui est bien du point de vue « micro » économique ne l’est pas forcément du point de vue « macro ». Il est même plus fréquent de trouver des conflits d’intérêts entre les deux approches ! Alors qu’en est-il réellement du bénéfice sociétal de la R&D ?

Et la crise actuelle est une crise sociétale…planétaire !

Ainsi, être davantage en phase avec l’ensemble des préoccupations actuelles qui dépassent le seul critère de réussite économique nous oblige à aller au-delà des vues de Schumpeter pour retenir que seul compte le résultat « sociétal » final, incluant l’ensemble des retombées économiques, sociales, environnementales, écologiques de la R&D, avec pour les plus audacieux… le souci d’en établir le bilan planétaire.

Aussi, d’autres défis, plus altruistes, plus empreints de sagesse, d’humanisme, de visions globales, de préoccupations de long terme, doivent maintenant être explicités (2) pour devenir des déterminants essentiels des orientations de la R&D… et de sa réussite.

(1) Contrat répondant à des critères à préciser mais incluant un objectif de développement industriel.

A ce propos, nous remercions J. Lombart, conseiller technologique régional qui a été l’un des pionniers du réseau RDT de nous avoir communiqué les informations qui suivent :

« Entre 1990 et 1996, à l'initiative du Ministère chargé de la Recherche et de l'Industrie, les 22 régions françaises ont mis en place un Réseau de Développement Technologique (RDT) chargé d'identifier les besoins technologiques des PME/PMI. Dans ce cadre, différents outils financiers ont été créés dont le plus efficace est probablement toujours la Prestation Technologique Réseau (PTR). Cette «première aide», plafonnée à 5000 voire 10000 € selon le cas, permet de financer le recours à des intervenants extérieurs, universitaires ou privés, pour réaliser diverses prestations de type soutiens théoriques, essais, mises au point, brevets… Plus d'un quart des PTR débouche sur d’autres financements souvent plus importants, provenant de Oséo-Anvar, des DRIRE régionales ou encore de l’ANRT pour les doctorants, prenant alors la forme de conventions industrielles de formation par la recherche (Cifre), tandis que des conventions « Cortechs » gérés par l’Anvar, existent pour les techniciens supérieurs… Jacques Lombart »

Aujourd’hui les PME peuvent également consulter le RDT et ses conseillers technologiques régionaux via le service « Technéo », service coordonné par Oséo-Anvar qui référencie les compétences des équipes à même de venir en appui aux projets innovants des entreprises : organismes publics et parapublics dédiés à la recherche et à la technologie ainsi que les sociétés privées spécialisées (Structures de Recherches Contractuelles, sociétés agréées, Crédit d'Impôt Recherche…)

(2) Nous avons déjà publié quelques articles sur la « solidarité », le « partage », « l’équité »… (notamment sur ce site)

Vous voulez poursuivre la lecture d'autres articles de Remi GUILLET, alors:

 

EDF va emprunter 1 milliard auprès des Français: mauvaise nouvelle pour nos start ups

businessfinanceEDF sur les années à venir affiche un plan d'investissement conséquent:

  • construire une dizaine de réacteurs de 3ème génération (EPR): si l'on prend comme comparaison celui de Flamanville à chaque fois le groupe investira 3,9 milliards d'euros.
  • continuer la politique de croissance externe par l'achat de sociétés concurrentes ou ayant une activité complémentaires. La dernière acquisition fut avec la société d'énergie BRITISH ENERGY et là aussi la facture fut lourde avec plus de 13 milliards investis.
  • poursuivre la rénovation du réseau électrique...

Ce faisant pour financer ce programme ambitieux EDF va lancer mi juin un emprunt d'environ 1 milliard d'euros exclusivement auprès des particuliers.

Le taux proposé sera attractif à 4,5% à comparer au 1,75% du fameux livret A.

Notons que cela fait depuis plus de 15 ans que ce type d'opération n'avait pas été lancé.

On entend ici ou là qu'EDF réalise cette opération pour limiter son endettement.... il faudrait que l'on nous explique comment une entreprise peut limiter son endettement en lançant un nouvel emprunt ?

Visiblement si EDF emprunte auprès du public c'est pour rembourser par anticipation la dette contractée auprès des banques. Sachant que le taux d'intérêt des banques doit être supérieur à celui proposé aux particuliers.

Ainsi cette opération ne devrait pas abaisser le niveau d'endettement mais abaisser le coût de l'endettement.

Alors pourquoi cette opération est une mauvaise nouvelle pour nos entrepreneurs? en effet EDF n'est en rien responsable de la difficulté qu'ont nos start ups à mobiliser des financements pour se lancer et se développer.

Le problème réside dans la captation de l'épargne: 1 milliard d'euros de financement à EDF ce n'est peut être pas 1 milliard d'euros qui serait aller à nos jeunes pousses mais probablement plusieurs millions via différents véhicules ( FCPI, FIP, investissement direct en tant que business angel...)

Cet exemple montre qu'indirectement dans la recherche de financement nos entreprises ont une double concurrence redoutable:

  • celle de notre administration qui finance son déficit par de l'emprunt et donc capte de l'épargne de Français ( qu'il s'agisse de particuliers ou d'institutionnels),
  • et maintenant celle de grands groupes, car plusieurs analystes considèrent qu'EDF vient d'ouvrir la voie et que d'autres vont bientôt suivre...

En résumer pour qu'une entreprise lève des fonds auprès des particuliers il faut que:

  • le projet soit crédible: le business plan et la relation équipe/projet doivent être au rendez vous. Ce faisant le financier/particulier va analyser le projet en valeur absolue
  • que le projet d'entreprise en question soit supérieur en terme de crédibilité et de rémunération à ceux proposés par des business concurrents.
    Ce faisant le financier/particulier va analyser le projet en valeur relative, par comparaison à d'autres.
  • que le projet de l'entreprise présente une rémunération nettement supérieure à ce que propose l'Etat et maintenant les grands groupes.

Si, si chers entrepreneurs gardez le moral, vous allez y arriver..il suffit juste d'oublier ce billet.....

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