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R & D : INVESTIR DANS LA RECHERCHE NE SUFFIT PAS !

Remi GuilletCet article a été écrit par Rémi GUILLET aujourd’hui retraité. Ingénieur de l’Ecole Centrale Nantes (ex ENSM promotion 1966) il est aussi Docteur en Mécanique et Energétique (Université H. Poincaré-Nancy 1-2002) et diplômé en Economie/Gestion (DEA Université Paris 13-2001).
Son activitĂ© professionnelle l’a amenĂ© Ă  travailler essentiellement en recherche appliquĂ©e dans le domaine de la combustion. Il s’est fait notamment connaĂ®tre pour ses travaux sur la « combustion humide », recevant un Prix « Montgolfier » des Arts chimiques en 2002 (Prix dĂ©cernĂ© par la SociĂ©tĂ© d’Encouragement de l’Industrie Nationale).

Il a été en charge du secteur Energie/BTP au siège de OSEO entre 1995 et 1998…


La consultation publique lancĂ©e par trois ministres Ă  propos de « l’internet du futur » nous incite Ă  Ă©largir le dĂ©bat sur la R & D… dont on attend tant (et probablement trop !) pour relancer, dans l’urgence, notre activitĂ© Ă©conomique, la compĂ©titivitĂ© de nos entreprises, la croissance de notre PIB… rĂ©soudre nos multiples problèmes sociĂ©taux !

Economiste autrichien de la première moitié du XXème siècle, J. Schumpeter est connu comme le théoricien de l’innovation… Nous retiendrons ici qu’il a su mettre l’accent sur le rôle déterminant de l’entrepreneur qui sait innover dans la mise en œuvre de moyens (pré- existants)…

En cela il a soulignĂ© que les travaux d’innovation trouvent leur raison d’être dans leur aboutissement Ă©conomique, leur « intĂ©rĂŞt » se mesurant Ă  l’aune des profits que rĂ©alise in fine l’entreprise. Sans profits, point de salut ! C’est grâce Ă  ces profits que l’entreprise trouve un « Ă©quilibre dynamique » qui lui est nĂ©cessaire pour rĂ©cupĂ©rer un investissement prĂ©alable, pour investir Ă  nouveau… Plus clairement, le dynamisme entretenu, nĂ©cessaire Ă  la pĂ©rennitĂ© de l’entreprise, vient du profit que lui procure l’innovation, une innovation qui la maintient en position concurrentielle favorable en cas de dĂ©veloppement « incrĂ©mental » voire en position de monopole temporaire dans le cas d’innovation en « rupture ».

Aujourd’hui le vocabulaire d’innovation existe toujours mais il est supplantĂ© dans le rĂ©pertoire officiel par le sigle « R&D » (Recherche et DĂ©veloppement). Alors, on retiendra que pour Schumpeter le « D » est essentiel, sans le D, point de salut pour le « R »…

La théorie de Schumpeter est connue partout dans le monde. Ainsi dans le monde entier le concept R&D se décline… Mais que recouvre-t-il précisément ?

Du point de vue sĂ©mantique, on s’efforce souvent de diffĂ©rencier la recherche de base ou fondamentale, de la recherche appliquĂ©e, du dĂ©veloppement technologique expĂ©rimental, du dĂ©veloppement industriel. Mais chaque pays a son propre dĂ©coupage entre ces modules… et si des controverses (sans doute bien peu utiles !) peuvent en naĂ®tre, nous retiendrons avec Schumpeter que, du point de vue Ă©conomique, seul compte le succès de la phase finale de la « R&D ».

Par rapport aux siècles prĂ©cĂ©dent oĂą « Chercher » Ă©tait une « Passion », « DĂ©couvrir » une « Grâce», l’application industrielle un enjeu que le temps se chargeait de confier Ă  d’autres, aujourd’hui, « chercher » est devenu un mĂ©tier, « trouver » est un bonus et le dĂ©veloppement de l’application industrielle de la R&D un enjeu Ă©conomique majeur, essentiel Ă  la survie de l’entreprise…

Cette rĂ©ussite Ă©conomique tant espĂ©rĂ©e ne va pourtant pas de soi ! Partant des rĂ©sultats et recommandations issues des travaux de recherche, après avoir surmontĂ© les difficultĂ©s qui ne manquent pas d’apparaĂ®tre aux diffĂ©rents stades du dĂ©veloppement technologique d’un produit (maquette, prototype, pilote…), il faut que le nouveau produit se prĂ©sente au « bon » moment sur le marchĂ© ! Ainsi le succès commercial devient dĂ©pendant de circonstances externes …d’un facteur chance.

En résumé, la R&D est un investissement à haut risque pour l’ensemble des acteurs concernés.

Le cas français:

Nous faisons partie des pays puristes de la sĂ©mantique… L’activitĂ© noble concernerait exclusivement le R, l’activitĂ© industrielle, entrepreneuriale, Ă©tant quant Ă  elle une affaire de D, une affaire d’argent, soit deux activitĂ©s dĂ©limitant deux « mondes » distants, mĂ©fiants l’un envers l’autre, peu enclins Ă  l’estime rĂ©ciproque, donc peu enclins au dialogue, aux visions communes et autres rapprochements…

  • Ainsi va le monde de la recherche fondamentale (des questions rĂ©currentes se posent alors Ă  propos de la mission de notre CNRS, de l’évaluation de ses performances) avec, de surcroĂ®t, un cloisonnement Ă©tanche entre domaines scientifiques, entravant souvent l’approche transverse pourtant nĂ©cessaire au traitement des problèmes d’aujourd’hui (environnement…).
  • Ainsi va le monde universitaire, prĂ©fĂ©rant garder une totale libertĂ© d’initiative en matière de programme plutĂ´t que s’enquĂ©rir des besoins ou de l’avis du monde de l’industrie.
  • Ainsi va le monde industriel, avec ses problèmes de survie, ses stratĂ©gies de court terme pour parer aux exigences les plus coercitives… de rentabilitĂ© immĂ©diate.

Comparatif R&D dans le monde…

Données R&D 2006 pour l’OCDE (origine Ministère de l’Ens. Sup. et de la Recherche)


Ret D


Quelques commentaires sur ces données…

Rapportée au PIB, la France vient en 4ème position après la Suède, le Japon, les Etats- Unis, avec 70% du pourcentage suédois.

En financement ($ PPA), la France vient en 3ème position après les Etas-Unis, le Japon, avec 12% de la dépense des Etats-Unis.

En nombre d’agents, la France est en 4ème position après le Japon et l’Allemagne, avec 15% des moyens en hommes des Etats-Unis.

Globalement, l’Europe consacre 1,79% de son PIB contre 2,62 pour les Etats-Unis (soit 70% des moyens mis par les Etats-Unis). Mais dans ce comparatif avec les Etats-Unis, il faudrait aussi tenir compte des problèmes de coordination spĂ©cifiques Ă  la communautĂ© europĂ©enne !

Sur l’ensemble des critères, c’est le Japon qui apparaît comme le mieux placé (il l’était également au milieu des années 80, moment où nous avions participé à une mission sur ce thème dans ce pays qui était alors la référence économique et sociale du monde entier – voir par exemple «Le miracle japonais » de L. Wegnez)… Cependant, la France avec sa 4ème place occupe une position honorable (bien que la plus mauvaise, diraient les sportifs !).

Mais on doit Ă©galement s’intĂ©resser Ă  la rĂ©partition du financement de la R&D, entre les entreprises et l’Etat (la R&D a Ă©galement d’autres sources de financement : dons, financements d’origine Ă©trangères… qui complètent les pourcentages affichĂ©s dans le tableau).

Alors on observe que le Japon se distingue Ă  nouveau par un financement des entreprises atteignant 70%, la France Ă©tant seulement en 12ème position, avec 52%. A l’opposĂ©, c’est l’Etat portugais qui est le plus interventionniste avec un apport de 55%, la France Ă©tant en 5ème place avec 38%. Il y a lĂ  des donnĂ©es Ă  mĂ©diter quand on sait les difficultĂ©s Ă  faire bĂ©nĂ©ficier les entreprises des moyens mis par l’Etat dans la recherche publique !

Mais, si la R&D Ă©tait une activitĂ© stratĂ©gique dans les annĂ©es 80, aujourd’hui la R&D est une activitĂ© qui se sous-traite, qui se dĂ©localise…comme le reste! Et l’internationalisation des activitĂ©s de R&D prend de plus en plus d’importance. Il devient alors de plus en plus difficile de donner un contenu prĂ©cis Ă  la notion « d’effort national de R&D ».

Ainsi, de nouvelles questions sont soulevĂ©es, parmi elles: Quels liens existent encore entre l’activitĂ© de recherche, les transferts de technologie, la propriĂ©tĂ© industrielle ? Comment se rĂ©partit la valeur ajoutĂ©e entre ces activitĂ©s ? Quels bĂ©nĂ©fices pour les pays ? Que sont les risques ?

Ayant passer l’essentiel de notre vie professionnelle comme acteur de la recherche appliquĂ©e et avec quelques annĂ©es passĂ©es Ă  l’ANVAR (aujourd’hui OsĂ©o), Agence Nationale pour la valorisation de la recherche et le soutien des PME/PMI, qu’on nous pardonne quelques commentaires issus de cette « expĂ©rience personnelle »… Ils concerneront la propriĂ©tĂ© industrielle, la synergie universitĂ©/entreprise et la R&D face Ă  la crise sociĂ©tale actuelle.

A propos de la protection de la propriété industrielle…

Si le nombre de brevets est un indicateur traditionnel de la bonne santé de la R&D, le recours au brevet (et assimilés) pour protéger un concept ou une réalisation technologique n’est pas toujours la meilleure solution…

En effet, s’il s’agit d’une stratĂ©gie strictement « dĂ©fensive » (pas de vellĂ©itĂ© de dĂ©veloppement de la part de l’inventeur, mais volontĂ© d’éviter qu’un concurrent s’empare du concept), alors penser que les « contournements » sont souvent aisĂ©s et tenir compte de ce que serait le coĂ»t de la dĂ©fense du brevet devant les tribunaux… cela après des coĂ»ts de dĂ©pĂ´t et d’entretien de brevet Ă©levĂ©s : le coĂ»t d’un brevet europĂ©en est de l’ordre de 30 000 €, l’annuitĂ© en reprĂ©sentant 28%, contre 10000 € pour le brevet japonais ou le brevet amĂ©ricain…

S’il s’agit d’un brevet « offensif » marquant la volontĂ© de bĂ©nĂ©ficier de l’avance technologique et du monopole Ă  venir, alors penser Ă  nouveau qu’un brevet peut souvent se contourner, qu’il s’agit d’une protection temporaire. Et au bout du compte, la meilleure protection peut ĂŞtre la dynamique du dĂ©veloppement. Faire vite et afficher cela comme leitmotiv… Et les concurrents ne vous rattraperont jamais… Donc plus besoin du brevet… qui fige !

A propos de la synergie universités / entreprises…

Par comparaison avec de nombreux pays, il y a lĂ  probablement le talon d’Achille français !

Si la situation est connue, commentĂ©e, faisant l’objet de recommandations, de tentatives de remèdes, peu de changement depuis 50 ans…du moins dans le secteur des activitĂ©s traditionnelles !

Dans le secteur des nouvelles technologies, on a pu assister Ă  la crĂ©ation de pĂ´les technologiques qui sont lĂ  pour favoriser les synergies. Mais avec les nouvelles technologies l’enjeu prend gĂ©nĂ©ralement une dimension internationale… et la question devient incontournable : l’Europe est-elle prĂŞte Ă  renforcer sa coopĂ©ration, ses Ă©changes intra-muros en matière de R&D, pour favoriser la mis en place d’une politique industrielle commune et ĂŞtre mieux Ă  mĂŞme de faire face au reste du monde… aux pays Ă©mergents avec leur Ă©norme potentiel en « cerveaux » ?

Formaliser des temps forts amenant les universités et les entreprises à se rencontrer régulièrement (par exemple en milieu d’année universitaire afin de préparer l’année suivante), encourager le montage de projets en coopération université/entreprise grâce à des mesures incitatives dont l’intérêt partagé par les deux partis pourrait prendre la forme d’un soutien financier systématique de la part des pouvoirs publics en cas d’établissement d’un contrat (1) seront nos deux suggestions.

Alors «l’internet du futur» ne devrait-il pas favoriser ce rapprochement, c’est-à-dire formaliser la connexion entre universités et partenaires industriels, sécuriser les échanges d’information entre les deux mondes ? Ce sera là notre contribution à la consultation publique en cours.

A propos des attendus de la R&D dans un contexte de crise sociétale…

Il est donc lĂ©gitime de faire appel Ă  l’innovation, Ă  la R&D, comme une nĂ©cessitĂ© absolue pour sortir de la crise, pour « rebondir »… Mais ce qui est nĂ©cessaire est rarement suffisant !

En effet, quand l’innovation ou la R&D sont pertinentes, réussies, elles le sont pour une entreprise, mais alors la réussite peut-être multinationale (Quid en cas de coopération ou en cas d’entreprise de la même dimension ?)…

Plus une innovation est en « rupture » plus elle est dĂ©stabilisante pour tout le secteur Ă©conomique oĂą elle s’ancre… L’innovation peut aussi porter sur l’organisation des moyens comme le dit si bien Schumpeter, donc concerner la productivitĂ© du travail, la rentabilitĂ© du capital… donc finalement ĂŞtre peu favorable Ă  l’emploi !

Ce qui est bien du point de vue « micro » Ă©conomique ne l’est pas forcĂ©ment du point de vue « macro ». Il est mĂŞme plus frĂ©quent de trouver des conflits d’intĂ©rĂŞts entre les deux approches ! Alors qu’en est-il rĂ©ellement du bĂ©nĂ©fice sociĂ©tal de la R&D ?

Et la crise actuelle est une crise sociétale…planétaire !

Ainsi, ĂŞtre davantage en phase avec l’ensemble des prĂ©occupations actuelles qui dĂ©passent le seul critère de rĂ©ussite Ă©conomique nous oblige Ă  aller au-delĂ  des vues de Schumpeter pour retenir que seul compte le rĂ©sultat « sociĂ©tal » final, incluant l’ensemble des retombĂ©es Ă©conomiques, sociales, environnementales, Ă©cologiques de la R&D, avec pour les plus audacieux… le souci d’en Ă©tablir le bilan planĂ©taire.

Aussi, d’autres défis, plus altruistes, plus empreints de sagesse, d’humanisme, de visions globales, de préoccupations de long terme, doivent maintenant être explicités (2) pour devenir des déterminants essentiels des orientations de la R&D… et de sa réussite.

(1) Contrat répondant à des critères à préciser mais incluant un objectif de développement industriel.

A ce propos, nous remercions J. Lombart, conseiller technologique rĂ©gional qui a Ă©tĂ© l’un des pionniers du rĂ©seau RDT de nous avoir communiquĂ© les informations qui suivent :

« Entre 1990 et 1996, Ă  l'initiative du Ministère chargĂ© de la Recherche et de l'Industrie, les 22 rĂ©gions françaises ont mis en place un RĂ©seau de DĂ©veloppement Technologique (RDT) chargĂ© d'identifier les besoins technologiques des PME/PMI. Dans ce cadre, diffĂ©rents outils financiers ont Ă©tĂ© crĂ©Ă©s dont le plus efficace est probablement toujours la Prestation Technologique RĂ©seau (PTR). Cette «première aide», plafonnĂ©e Ă  5000 voire 10000 € selon le cas, permet de financer le recours Ă  des intervenants extĂ©rieurs, universitaires ou privĂ©s, pour rĂ©aliser diverses prestations de type soutiens thĂ©oriques, essais, mises au point, brevets… Plus d'un quart des PTR dĂ©bouche sur d’autres financements souvent plus importants, provenant de OsĂ©o-Anvar, des DRIRE rĂ©gionales ou encore de l’ANRT pour les doctorants, prenant alors la forme de conventions industrielles de formation par la recherche (Cifre), tandis que des conventions « Cortechs » gĂ©rĂ©s par l’Anvar, existent pour les techniciens supĂ©rieurs… Jacques Lombart »

Aujourd’hui les PME peuvent Ă©galement consulter le RDT et ses conseillers technologiques rĂ©gionaux via le service « TechnĂ©o », service coordonnĂ© par OsĂ©o-Anvar qui rĂ©fĂ©rencie les compĂ©tences des Ă©quipes Ă  mĂŞme de venir en appui aux projets innovants des entreprises : organismes publics et parapublics dĂ©diĂ©s Ă  la recherche et Ă  la technologie ainsi que les sociĂ©tĂ©s privĂ©es spĂ©cialisĂ©es (Structures de Recherches Contractuelles, sociĂ©tĂ©s agrĂ©Ă©es, CrĂ©dit d'ImpĂ´t Recherche…)

(2) Nous avons dĂ©jĂ  publiĂ© quelques articles sur la « solidaritĂ© », le « partage », « l’équitĂ© »… (notamment sur ce site)

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EDF va emprunter 1 milliard auprès des Français: mauvaise nouvelle pour nos start ups

businessfinanceEDF sur les années à venir affiche un plan d'investissement conséquent:

  • construire une dizaine de rĂ©acteurs de 3ème gĂ©nĂ©ration (EPR): si l'on prend comme comparaison celui de Flamanville Ă  chaque fois le groupe investira 3,9 milliards d'euros.
  • continuer la politique de croissance externe par l'achat de sociĂ©tĂ©s concurrentes ou ayant une activitĂ© complĂ©mentaires. La dernière acquisition fut avec la sociĂ©tĂ© d'Ă©nergie BRITISH ENERGY et lĂ  aussi la facture fut lourde avec plus de 13 milliards investis.
  • poursuivre la rĂ©novation du rĂ©seau Ă©lectrique...

Ce faisant pour financer ce programme ambitieux EDF va lancer mi juin un emprunt d'environ 1 milliard d'euros exclusivement auprès des particuliers.

Le taux proposé sera attractif à 4,5% à comparer au 1,75% du fameux livret A.

Notons que cela fait depuis plus de 15 ans que ce type d'opération n'avait pas été lancé.

On entend ici ou là qu'EDF réalise cette opération pour limiter son endettement.... il faudrait que l'on nous explique comment une entreprise peut limiter son endettement en lançant un nouvel emprunt ?

Visiblement si EDF emprunte auprès du public c'est pour rembourser par anticipation la dette contractée auprès des banques. Sachant que le taux d'intérêt des banques doit être supérieur à celui proposé aux particuliers.

Ainsi cette opération ne devrait pas abaisser le niveau d'endettement mais abaisser le coût de l'endettement.

Alors pourquoi cette opération est une mauvaise nouvelle pour nos entrepreneurs? en effet EDF n'est en rien responsable de la difficulté qu'ont nos start ups à mobiliser des financements pour se lancer et se développer.

Le problème réside dans la captation de l'épargne: 1 milliard d'euros de financement à EDF ce n'est peut être pas 1 milliard d'euros qui serait aller à nos jeunes pousses mais probablement plusieurs millions via différents véhicules ( FCPI, FIP, investissement direct en tant que business angel...)

Cet exemple montre qu'indirectement dans la recherche de financement nos entreprises ont une double concurrence redoutable:

  • celle de notre administration qui finance son dĂ©ficit par de l'emprunt et donc capte de l'Ă©pargne de Français ( qu'il s'agisse de particuliers ou d'institutionnels),
  • et maintenant celle de grands groupes, car plusieurs analystes considèrent qu'EDF vient d'ouvrir la voie et que d'autres vont bientĂ´t suivre...

En résumer pour qu'une entreprise lève des fonds auprès des particuliers il faut que:

  • le projet soit crĂ©dible: le business plan et la relation Ă©quipe/projet doivent ĂŞtre au rendez vous. Ce faisant le financier/particulier va analyser le projet en valeur absolue
  • que le projet d'entreprise en question soit supĂ©rieur en terme de crĂ©dibilitĂ© et de rĂ©munĂ©ration Ă  ceux proposĂ©s par des business concurrents.
    Ce faisant le financier/particulier va analyser le projet en valeur relative, par comparaison Ă  d'autres.
  • que le projet de l'entreprise prĂ©sente une rĂ©munĂ©ration nettement supĂ©rieure Ă  ce que propose l'Etat et maintenant les grands groupes.

Si, si chers entrepreneurs gardez le moral, vous allez y arriver..il suffit juste d'oublier ce billet.....

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PLAIDOYER POUR UNE AUTRE CROISSANCE…

Remi GuilletCet article a été écrit par Rémi GUILLET aujourd’hui retraité. Ingénieur de l’Ecole Centrale Nantes (ex ENSM promotion 1966) il est aussi Docteur en Mécanique et Energétique (Université H. Poincaré-Nancy 1-2002) et diplômé en Economie/Gestion (DEA Université Paris 13-2001).

''Son activitĂ© professionnelle l’a amenĂ© Ă  travailler essentiellement en recherche appliquĂ©e dans le domaine de la combustion. Il s’est fait notamment connaĂ®tre pour ses travaux sur la « combustion humide », recevant un Prix « Montgolfier » des Arts chimiques en 2002 (Prix dĂ©cernĂ© par la SociĂ©tĂ© d’Encouragement de l’Industrie Nationale).
Il a été en charge du secteur Energie/BTP au siège de OSEO entre 1995 et 1998…''

La devise « Plus vite, plus haut, plus fort » attribuĂ©e Ă  Pierre de Coubertin (en rĂ©alitĂ© due au père Didon Ă  la fin du 19ème siècle) et communĂ©ment associĂ©e aux jeux olympiques modernes n’aura pas marquĂ© que les esprits sportifs. Pour preuve, les nombreuses rĂ©ussites technologiques qui s’y rapportent, dans le domaine des transports terrestres et aĂ©riens, du spatial, dans le domaine de la construction navale, du bâtiment… Plus fort pouvant se dĂ©cliner de mille manières, on pourra alors faire allusion au domaine du micro, puis du nano, en informatique, dans le domaine mĂ©dical…

Mais ce toujours « Plus » qui restera une marque indĂ©lĂ©bile du 20ème siècle a souvent montrĂ© son versant sombre: accumulation de capital et consumĂ©risme outranciers de riches de plus en plus riches Ă  cĂ´tĂ© de pauvres de plus en plus pauvres, qu’il s’agisse des pays ou des individus, gaspillage de notre patrimoine planĂ©taire, impact dĂ©sastreux de nos activitĂ©s sur l’environnement… Crise du partage, de la solidaritĂ© « spatio-temporelle », constatĂ©e ou prĂ©visible… Que laisserons-nous Ă  la jeune gĂ©nĂ©ration et aux suivantes?

Quant au milieu sportif, il doit désormais vivre avec la gangrène du dopage, laissant planer le doute sur chaque exploit inattendu!

En vérité, au plan économique, le 20ème siècle aura répondu à une quête vertigineuse qui débouche aujourd’hui sur une crise économique, sociale, écologique (dimension la plus irréversible) majeure, conséquence d’abus en tous genres, se traduisant par un tissu économique et social qui se délite, un chômage massif, une jeunesse désabusée….

Certes, l’homme a besoin de rĂŞve et de vertige, mais sans vouloir nous attarder sur cette nĂ©cessitĂ© psychologique, interrogeons-nous sur la nĂ©cessitĂ© d’assouvir tous nos rĂŞves… dans leur dĂ©mesure! Pensons au Don Quichotte de Cervantès et Ă  sa « QuĂŞte (1) », qui sublime le rĂŞve en acceptant son inaccessibilitĂ©!

La crise aux multiples faciès que nous subissons nous somme de prendre du recul par rapport aux défis qui auront animé le 20ème siècle … et d’en inventer de nouveaux, plus empreints d’humanisme et plus respectueux de notre unique espace vital: la Terre! …

Une croissance solidaire et équitable…

Quelques pièges sémantiques…

Tout d’abord, nous avons conscience que l’association des termes « croissance » et « Ă©quitable » fait penser inĂ©vitablement au « commerce Ă©quitable » qui est un concept dĂ©sormais connu. Ce concept sera cependant connexe Ă  ce texte (si ce n’est le rappel que le commerce Ă©quitable est un Ă©pisode de la lutte existentielle mais inĂ©quitable entre un « pot de terre » -les petits producteurs…et pas uniquement ceux du « Sud », qui auraient besoin que l’avenir leur procure une armure – et un « pot de fer » -les mastodontes de la distribution- chacun Ă©tant par ailleurs concernĂ© par la problĂ©matique de « nouvelle croissance » dont il est question ici).

Ensuite nous regretterons que le dĂ©fi de « dĂ©veloppement durable », qui s’inscrit parmi les rĂ©ponses aux problĂ©matiques environnementales et rarĂ©faction des ressources, qualifiant dĂ©sormais le moindre projet, soit en passe de devenir un slogan. Abusivement employĂ©e, l’expression semble dĂ©jĂ  galvaudĂ©e. En tous cas, nĂ©e pendant une pĂ©riode de dĂ©fi mercantile et consumĂ©riste, elle peut mener Ă  une certaine confusion et nous en sommes devenu mĂ©fiant.

A ce propos, on pourra noter qu’avec la crise actuelle le discours Ă©cologiste et le soutien au dĂ©veloppement durable semblent passĂ©s au second plan : un signe Ă  mĂ©diter!

Ainsi, pourquoi encore et toujours fonder notre développement, nos espoirs d’accomplissement collectif et individuel sur la production de toujours plus de richesses marchandes, nous référant à la seule croissance (de PIB): hypocrisie pour les uns, puérilité pour d’autres, acceptation de notre impuissance à changer le monde pour une dernière catégorie?

Il semble bien que sortir de la crise par le haut, éviter l’effet culbuto pour en revenir à la situation antérieure, impliquent une autre approche, une réflexion élargie, plus transverse au domaine économique et au domaine social, une approche plus soucieuse d’environnement, avec le défi d’un meilleur partage, de plus d’équité et de solidarité dans l’espace, entre les pays et les individus, dans le temps, entre les générations.

Si toutes les idées, d’où qu’elles viennent, doivent être accueillies et débattues, l’approche scientifique restant la référence, la dimension écologique de la crise, sa transversalité, nous incitent à nous interroger sur les inconvénients d’une organisation universitaire sectorisée, avec un cloisonnement étanche entre les disciplines, économiques, sociales…et les autres, alors que le rapprochement, la confrontation des idées sont devenues essentielles.

Ainsi, les sciences Ă©conomiques Ă©tant souvent des sciences Ă©conomĂ©triques, statistiques portant sur l’existant ou l’ayant existĂ©, concernant des indicateurs qui gĂ©nĂ©ralement ignorent les consĂ©quences sociales de tel ou tel choix Ă©conomique (penser par exemple au dilemme profits/emplois) laissent-elles encore quelque chance Ă  la crĂ©ativitĂ©, Ă  une innovation radicale, en rupture avec le « modèle Ă©conomique » existant?

Quant aux sciences sociales, ne sont-elles pas gagnantes quand elles se rapprochent des autres sciences Ă  commencer par les sciences Ă©conomiques? Au final, bien trop peu de travaux scientifiques transversaux semblent aujourd’hui au service de la prĂ©occupation Ă©cologique, de l’approche socio – Ă©conomique, pouvant servir de tremplin Ă  une approche Ă©largie de l’économie, Ă  une « autre croissance ».

Ce plaidoyer nous donne cependant l’opportunité d’apporter notre contribution au débat qui ne manquera pas de s’instaurer… pour un changement de cap, voulu ou contraint, mais devenu indispensable (même s’il apparaît encore très peu probable pour le plus grand nombre!).

… Dans l’entreprise

L’entreprise Ă©tant une des organisations les plus naturellement destinĂ©es Ă  la production de richesses, nous Ă©voquerons nos propres rĂ©flexions Ă  propos d’un « autre partage » de la valeur ajoutĂ©e produite par l’entreprise, entre les salariĂ©s et ceux qui apportent le capital (voir le livre « Pour plus de solidaritĂ© entre le capital et le travail ou de nouvelles chances pour l’emploi » et les articles associĂ©s sur le site des Ă©ditions l’Harmattan (2) ).

EquitĂ© et solidaritĂ© se traduisent alors par de nouvelles modalitĂ©s de rĂ©munĂ©ration pour les acteurs internes (salariĂ©s, managers…) et les acteurs externes (les actionnaires). Des modalitĂ©s de rĂ©munĂ©ration « hybrides » qui positivent aux yeux de tous la hauteur de la masse salariale et celle des profits, en mĂŞme temps qu’elles induisent de la flexibilitĂ© dans la rĂ©munĂ©ration des salariĂ©s (Ă  l’image de la pratique française de la prime de participation aux rĂ©sultats) et de la sĂ©curitĂ© dans la rĂ©munĂ©ration des actionnaires (grâce Ă  une part de leur rĂ©munĂ©ration sĂ©curisĂ©e car indexĂ©e sur la masse salariale) et visant Ă  les fidĂ©liser Ă  l’entreprise. Des dispositions dont la mise en pratique donne lieu Ă  des nĂ©gociations dĂ©bouchant sur une rĂ©partition de la valeur ajoutĂ©e et du risque jugĂ©e par tous les acteurs comme Ă©tant la plus Ă©quitable… et permettant Ă©galement de mettre en pratique leur solidaritĂ©, notamment en cas de difficultĂ©s (voir par exemple l’article « Un modèle de rĂ©munĂ©ration solidaire et Ă©quitable comme alternative Ă  la faillite de l’entreprise »).

Avec ce modèle on ne peut plus confondre « rĂ©munĂ©ration » et « salaire », ce dernier n’étant que la composante prĂ©dĂ©terminĂ©e de la rĂ©munĂ©ration. Afin d’apprĂ©hender au mieux ce qu’apporte sa mise en place, il faut aussi prĂ©ciser qu’elle peut ĂŞtre une opportunitĂ© pour augmenter la rĂ©munĂ©ration des salariĂ©s (les nĂ©gociations en dĂ©cident)… tandis que l’introduction de la part flexible permettra ensuite d’ajuster les rĂ©munĂ©rations en fonction des rĂ©sultats rĂ©els futurs de l’entreprise…

Dans le même temps et dans la plupart des cas, cette flexibilité va se traduire par une diminution des charges salariales et des charges sociales qui sont indexées sur les premières, amenant du même coup les entreprises à être plus compétitives…et plus enclines à l’embauche de salariés.

Par ailleurs, on stigmatise dĂ©sormais et Ă  juste titre la disparitĂ© des rĂ©munĂ©rations entre dirigeants et salariĂ©s et mĂŞme entre diverses catĂ©gories de salariĂ©s d’une mĂŞme entreprise : un « Ă©ventail » des salaires qui s’est abusivement ouvert depuis quelques dĂ©cennies, arguant l’existence d’un marchĂ© international de patrons de haut niveau. Il semble bien qu’avec la crise, parachutes dorĂ©s et autres rĂ©tributions excessives soient des situations d’iniquitĂ© devenues inacceptables et fort justement… revisitĂ©es. Notre point de vue a Ă©tĂ© exprimĂ© dans l’article intitulĂ© « A propos de la rĂ©munĂ©ration des dirigeants: une proposition Ă©quitable » oĂą il est montrĂ© comment le modèle de partage rappelĂ© au dessus peut ĂŞtre Ă©tendu au management.

Mais la solidaritĂ© doit aussi concerner la dimension temporelle, les gĂ©nĂ©rations, le monde des actifs et celui des retraitĂ©s. MĂŞme si, en France, les « 35 heures » ont plutĂ´t « plombĂ© » les discussions sur ce sujet, le partage du travail entre les jeunes et les moins jeunes est devenu un problème sociĂ©tal qui doit ĂŞtre considĂ©rĂ© comme touchant Ă  l’intĂ©gritĂ© d’une nation. PlutĂ´t qu’aider Ă  la fermeture d’une entreprise, il est hautement prĂ©fĂ©rable, des points de vue micro et macro Ă©conomiques, de la sauver avec (tous) ses acteurs en partageant le travail et la valeur ajoutĂ©e…qui restent! (A nouveau, on fera rĂ©fĂ©rence Ă  l’article proposant « â€¦une alternative Ă  la faillite… »). Pour les retraites, une indexation au moins partielle sur le PIB n’irait-elle pas, elle aussi, dans le sens de plus d’équitĂ© et de solidaritĂ© avec les actifs ? Autant de propositions Ă  mĂ©diter par les instances politiques.

… En réponse à l’iniquité de la mondialisation des échanges

Généralisé, les nouvelles modalités de rémunération dans l’entreprise que nous proposons deviennent aussi une piste pour plus d’équité dans les échanges internationaux....

En effet, nous l’avons rappelé plus haut, la mise en place du nouveau modèle va rendre les entreprises de l’Europe Occidentale plus compétitives… face à leurs concurrentes des pays de l’Europe de l’Est, face aux pays émergents. En cela, ce modèle est une vraie piste pour contrer à la fois les attraits de la délocalisation et la concurrence inéquitable des pays émergents.

AppliquĂ© aux pays Ă©mergents affichant une forte croissance, acceptant donc le principe d’une rĂ©partition nĂ©gociĂ©e de la valeur ajoutĂ©e (comme le veut le protocole d’application du modèle prĂ©conisĂ©), aboutira Ă  plus ou moins court terme Ă  plus de rĂ©munĂ©ration pour le travail… avec, dans le mĂŞme temps, la pression d’une concurrence des pays occidentaux re-dynamisĂ©e. Alors le mouvement pourra se « consolider », les pays Ă©mergents devant davantage Ă©couler leur production vers leur population devront nĂ©cessairement octroyer davantage de moyens Ă  leurs salariĂ©s - consommateurs locaux. En fait, il y a lĂ , perspective de nouveaux Ă©quilibres dans les Ă©changes internationaux, Ă©quilibres plus « mĂ©dians »… par comparaison avec le dĂ©sĂ©quilibre vers le « plancher » engendrĂ© par le dumping social.

On peut aussi prévoir que cette tendance à plus de production - consommation locale sera accentuée par une forte augmentation des coûts du transport liée à une forte augmentation du prix des hydrocarbures devenus plus rares et plus recherchés (sans réels substituts quand il s’agit d’énergie pour le transport aérien, voire terrestre, le cas du chemin de fer étant mis à part) …sans oublier ce que deviendront les taxes sur les carburants dans un tel contexte!

Un peu d’histoire à propos des taxes sur les carburants aériens mérite d’être rappelée…

Pour développer l’industrie aéronautique et le transport aérien au lendemain de la 2ème guerre mondiale, la convention dite de Chicago a interdit la taxation du kérosène… Et cette convention est toujours appliquée… A l’opposé des recommandations de la récente mission chargée de la relance de la croissance (en France) qui préconisait le développement du low-cost aérien et donc ne pouvaient envisager la remise en cause de ladite convention de Chicago, une recommandation opposée mérite d’être présentée ici, se justifiant par deux arguments.

D’abord simplement pour raison de contribution comparativement très élevée à l’épuisement inéluctable de la ressource pétrolière (exprimé en équivalent pétrole par km et passager, un avion consomme 4 fois plus qu’un train (3)), mais surtout pour raison de catastrophe environnementale…

Même si cela ne concerne que 5 à 10% des hydrocarbures consommés pour le transport, l’impact du transport aérien a (très probablement, des études spécifiques sont en cours pour le confirmer) un poids beaucoup plus important que ne laisse l’entendre sa part de consommation de la ressource pétrolière. En effet, les conditions du rejet par les aéronefs du CO2 et de la vapeur d’eau de la combustion (l’eau est également un gaz à effet de serre et c’est l’eau qui se condense dans certaines conditions en produisant les traces nébuleuses que nous voyons depuis le sol), altitude des vols, piège thermique dû au profil du gradient thermique dans la zone, font que, d’une part, ces deux gaz contribuent fortement audit effet de serre mais, d’autre part et surtout, le CO2 rejeté par les réacteurs à l’altitude d’une dizaine de kms a très peu de chance de revenir au niveau des forêts et océans pour y être traité par la photosynthèse qu’opèrent algues, planctons et végétaux terrestres…Autrement dit le CO2 et l’eau ont de forte chance de s’accumuler dans cette couche atmosphérique…sans s’attarder sur les oxydes d’azote formés et leur action néfaste sur la couche d’ozone!

Ainsi, on le voit, dans le contexte actuel, l’intérêt supérieur devrait plutôt nous amener à réexaminer (dans l’urgence?) le bien fondé de la convention de Chicago et particulièrement l’encouragement au transport aérien via la détaxation du kérosène…

Nous ne développerons pas autant le cas des transports terrestres et maritimes, les recommandations pour le train, pour les petites voitures et la réduction de la vitesse étant maintenant connues et mieux respectées… Quant à la flotte maritime, des solutions sont envisageables à court terme pour réduire son impact sur la ressource pétrolière et sur l’environnement, d’autant plus envisageable qu’il ne s’agirait pas d’une première: les bateaux n’ont-ils pas d’abord et intelligemment utilisé la force du vent!

…Susceptible de modérer l’empreinte anthropique sur la planète

La plus mal rĂ©compensĂ©e par le considĂ©rable « boum » Ă©conomique qu’a connu le 20 ème siècle est Ă  coup sĂ»r la planète : la planète Ă  laquelle nous devons tout par dĂ©finition. Notre valeur ajoutĂ©e, notre croissance ne sont-elles pas issues de transformations souvent multiples et dramatiquement irrĂ©versibles de son patrimoine ! Bien sĂ»r, nous pensons d’abord Ă  l’énergie fossile…et facile (mais nĂ©anmoins non renouvelable) et Ă  certains minerais Ă©nergĂ©tiques (Ă©galement menacĂ©s de rupture de stock Ă  l’horizon d’une centaine d’annĂ©es!)… et Ă  l’importance capitale qu’ils jouent sur la croissance Ă©conomique (il y a corrĂ©lation quasi parfaite entre Ă©volution du PIB et consommation en Ă©nergie).

En retour, nous confions Ă  la planète Terre dĂ©chets et autres « poisons » qu’elle supporte mal…. Elle nous le fait savoir un peu plus chaque jour!

A elles seules, ses convulsions mettent notre modèle de croissance en cause. On ne peut continuer! Apprendre dans l’urgence à économiser ce qui reste de ressources naturelles, tenir compte des multiples ruines provoquées par l’impact des rejets sur l’environnement, être capable d’établir de nouveaux indicateurs de richesses pour réorienter nos défis, modifier radicalement le cap… sont devenus des impératifs absolus.

DĂ©veloppements anecdotiques ?

Parmi les dispositions prises rĂ©cemment Ă  propos de la rĂ©duction de l’effet de serre, un marchĂ© de droits Ă  polluer (inspirĂ© par thĂ©orème de l’économiste Coase(4)) s’est mis en place… S’il est mieux que rien, il ne prĂ´ne pas l’abstinence! On peut mĂŞme craindre des effets pervers : par exemple des pays dĂ©veloppĂ©s prĂ©fĂ©rant nĂ©gocier les droits de pays pauvres qui, de leur cĂ´tĂ©, pourraient prĂ©fĂ©rer l’argent facile au dĂ©veloppement de leur propre activitĂ© Ă©conomique… On ne doit donc pas s’arrĂŞter là… et d’autres mesures doivent ĂŞtre proposĂ©es (taxes CO2 etc…)

Dans le mĂŞme temps, des « tentatives d’alertes » passent par de nouveaux concepts comme « l’empreinte Ă©cologique » dont plusieurs dĂ©finitions circulent, et qui est destinĂ©e Ă  mesurer notre impact sur l'environnement (brièvement, l’empreinte Ă©cologique d’une population est la surface de la planète dont cette population dĂ©pend compte tenu de ce qu’elle consomme en espaces construits, cultivĂ©s, dĂ©diĂ©s Ă  la pĂŞche… et en forĂŞts nĂ©cessaires au recyclage de ses Ă©missions de gaz carbonique).

Reste l’évaluation des pertes de patrimoine… liées à la montée du niveau des océans, au réchauffement des mers, aux pertes en biodiversité (bouleversement amorcé dans la faune et la flore par exemple dans les océans avec la menace qui pèse sur le plancton….) dérèglement climatique aux conséquences catastrophiques déstabilisant des populations côtières, voire des peuples entiers …

A propos de la diminution du patrimoine « ressources Ă©nergĂ©tiques non renouvelables », la disparition irrĂ©versible des stocks (et si on tient compte du rĂ´le jouĂ© par l’or noir sur la croissance) rend quasiment impossible l’estimation de la perte…sauf Ă  Ă©tablir un comparatif avec les coĂ»ts de production des Ă©nergies manufacturĂ©es de substitution (mais ces substituts n’existent pas toujours, particulièrement quand il s’agit d’énergie pour la transport!). .Aussi, nous prĂ©fèrerons ici nous en tenir aux travaux sur les Ă©quivalences Ă©nergĂ©tiques de J. M. Jancovici (5) Ă©tablissant que, en moyenne, pour satisfaire sa consommation Ă©nergĂ©tique, chaque Français, en ce dĂ©but de siècle, devrait disposer de 100 esclaves-Ă©nergie travaillant pour lui en permanence… (Ă  multiplier par 2,8 s’il s’agit d’un citoyen US). Et pour en revenir Ă  l’apprĂ©ciation des « coĂ»ts », il reste alors Ă  imaginer que ces esclaves ne soient plus bĂ©nĂ©voles -contraints mais rĂ©munĂ©rĂ©s (au SMIG) et le rapport de coĂ»t de production par rapport Ă  celui du pĂ©trole sera Ă©galement proche de 100! … Et le problème de l’eau !... que nous avons sciemment oubliĂ© jusqu’ici. Il s’agit pourtant du problème le plus immĂ©diatement prĂ©occupant puisque dĂ©jĂ  vital pour de nombreuses rĂ©gions! A son propos et en Ă©cho Ă  la problĂ©matique de l’effet de serre, nous Ă©voquerons seulement ici le risque pris par les promoteurs de la technique de la sĂ©questration souterraine du CO2 …

Le poids de nos choix individuels

Ou bien nos choix individuels soutiennent le modèle de croissance en place ou bien ils favorisent l’émergence d’un nouveau modèle…plus enclin au partage dans l’espace et dans le temps, au respect de l’environnement, à la qualité de vie…

Et le moment est venu d’amorcer l’auto - critique de nos comportements individuels, de faire quelques observations/suggestions à leur propos... Plus particulièrement à destination des adultes…

Revenons alors brièvement sur nos articles consultables sur le Web intitulĂ©s « A propos de crĂ©dit et de croissance » et « Petite dissertation sur l’inflation » oĂą nous avons voulu montrer Ă  quel point le crĂ©dit Ă  la consommation Ă©tait devenu essentiel au (bon!) fonctionnement du modèle de croissance que nous vivons et pourquoi le « jeu » de l’épargne et du crĂ©dit Ă©tait inflationniste.

Si nous pensons que la croissance doit être réfléchie, globalement raisonnable, si nous pensons que l’inflation est un mal en soi, au service d’une croissance virtuelle et illusoire pour en exacerber les défis, alors en qualité d’épargnant il faut préférer les taux de rémunération de notre argent modérés, très modérés, en tous cas ne pouvant dépasser la croissance réelle, en qualité d’emprunteur, il faut éviter de se manifester s’il n’y a pas nécessité absolue de faire appel au crédit (c’est aussi une bonne façon de faire chuter les taux!), donc accepter des frustrations dans les deux cas. Faire des choix d’autant plus improbables que le contexte publicitaire nous harcèle pour des options extrêmes… Ainsi, il n’est pas si facile d’apporter notre propre contribution à la mise en place d’un modèle de croissance…modérée!

Plus particulièrement Ă  destination des enfants (ils seront de bons messagers pour les parents!)… Economiser l’eau, l’électricité…Ne pas rouler vite ou s’abstenir quand il n’est pas indispensable…de rouler. Dire : « Papa ! PrĂ©fère les petites voitures, c’est plus en rapport avec ma taille et çà protège la nature! » Mais un enfant ne sait pas qu’une pomme venue du Chili a brĂ»lĂ© son poids en kĂ©rosène pour venir jusqu’à lui et rejetĂ© environ 3 fois son poids de CO2 dans l’atmosphère! Il ne sait pas le coĂ»t Ă©nergĂ©tique et Ă©cologique du transport aĂ©rien… des fruits et lĂ©gumes. Alors, lui apprendre Ă  l’école : Non ! Moi non plus… « Je ne mangerai plus de cerises en hiver (6) ! »… Il saura transmettre le message! … Nous terminons avec l’espoir que, malgrĂ© tout, nous rĂ©ussirons Ă  passer le cap…que nous serons capables d’unir nos efforts pour changer notre modèle de croissance avant qu’il ne soit trop tard. La crise actuelle doit nous y aider! En cela, elle aura contribuĂ© Ă  Ă©viter d’autres dĂ©sordres, plus conflictuels…

(1) Egalement allusion Ă  l’interprĂ©tation de J. Brel dans « L’Homme de la Mancha »;

(2) Certains de ces articles sont également accessibles sur d’autres sites du Web;

(3) Ce qui signifie aussi qu’un avion consomme 10 fois plus d’énergie sous forme de kérosène qu’un train consomme d’énergie électrique;

(4) ThĂ©orème de Coase : « Dans un monde oĂą les coĂ»ts de transaction sont nuls, l'allocation des droits de propriĂ©tĂ© se fera automatiquement de manière optimale, par le jeu des Ă©changes et des marchandages auxquels les agents procèdent, et ceci quelle que soit la rĂ©partition initiale de ces droits »;

(5) Expert en Ă©nergie (voir site Manicore) ; (6) Titre du rĂ©cent ouvrage de A. JuppĂ©.

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