Nous sommes probablement plusieurs milliers à avoir regardé M6 dimanche soir (5 novembre 2006) qui traitait d'un problème épineux: le licenciement d'une partie du personnel en France de l'entreprise OLYMPIA ( fabriquant de chaussette) avec en parallèle la création d'une unité en Roumanie.

Cette émission a mis en lumière les conséquences humaines de l'application de concepts qui restent nécessaires comme:
  • la recherche d'une meilleure productivitĂ© ( rapport entre les moyens mis en oeuvre et la capacitĂ© de production),
  • l'amĂ©lioration du positionnement concurrentiel ( rapport qualitĂ©/prix)
Si effectivement il est utopique d'ignorer des impératifs de gestion tels que définis ci-dessus il est toujours intéressant derrière les mots de toucher du doigt les conséquences sur les individus.

Il n'est pas question ici de porter un jugement sur l'opportunité ou non de la politique industrielle menée par cette entreprise, on ne dispose pas des informations suffisantes pour le faire.

Par contre deux éléments me choquent:

1- au delà de la pérennité des entreprises ce qui pose problème c'est la faible probabilité qu'ont certains salariés de trouver un autre emploi. La "mort " d'une entreprise n'est pas un désastre, le désastre réside dans l'incapacité de notre économie à proposer aux salariés licenciés des alternatives d'emploi.

2- le déroulé de l'émission de M6 est à mon sens trés critiquable: le personnel de l'entreprise sait depuis plusieurs mois qu' à la fin de l'année 2005, après les vacances de Noël, leur avenir sera décidé:
  • soit un reclassement dans l'entreprise,
  • soit un licenciement sec. Ce faisant le reportage suit plusieurs salariĂ©s pour voir le rĂ©action après la lecture du courrier annonçant la bonne ou mauvaise nouvelle.
Jusque là rien de choquant, car cela participe à la volonté de décrire la difficulté de vivre cette situation.

Par contre le choque viens lorsque l'on suit une dame qui a travaillé pendant 37 ans dans l'entreprise, qui attend depuis des semaines ce courrier, qui a probablement été stressé lorsque ouvrant sa boîte aux lettres elle a reçu un avis de la poste lui indiquant qu'une lettre recommandée l'attendait: dès lors elle savait qu'il s'agissait de OLYMPIA.

A combien devait battre son coeur pendant le trajet qui l'amenait de son domicile au guichet de la poste....
Nous étions probablement quelques milliers à la regarder fébrilement déchirer le courrier, tremblante, dans notre fort intérieur étant forcément en empathie on espérait qu'elle soit "sauvée " et puis avant la lecture du courrier.... une coupure publicitaire.

Alors voila, 37 années de travail, une attente interminable, de l'espoir, du découragement, des questionnements, la peur de l'après..., et tout cela pour permettre à une émission de grande écoute de s'assurer de la fidélité de ses spectateurs.

Tout doit ĂŞtre fait pour Ă©viter que l'on zappe pendant la pub, pire que l'on ne revienne pas voir l'Ă©mission (??)

A partir de ce moment là une gène m'est apparue, M6 à mes dépends m'a peut être fait passer du côté voyeuriste de la télévision.... car j'ai continué à regarder cette pauvre (expression affectueuse) dame apprendre la terrible nouvelle.